22/08/2013

Rétrospective Alaïa à Paris !!! mais qui est Azzedine ?

Le Palais Galliera (le musée de la Mode de Paris) ré-ouvrira ses portes au public dès le 28 septembre prochain et présentera à cette occasion (jusqu’au 26 janvier 2014) la première rétrospective parisienne du célèbre couturier Azzedine Alaïa.  Une sélection de 70 modèles iconiques retraçant le parcours créatif et unique d’Alaïa…

De 1979 où il présenta sa toute première collection (encouragé par Thierry Mugler) à aujourd’hui, cette exposition célèbre ce styliste hors du commun, un des rares à maîtriser toutes les étapes de la réalisation d’un vêtement.  

En inventant de nouvelles morphologies par le simple jeu de coutures complexes, Alaïa est devenu le couturier d’une œuvre qui traverse le temps…  Son influence sur la mode contemporaine est fondamentale.

Azzedine Alaïa préfère les vêtements qui durent à ceux qui s’éteignent avec les saisons.  Avec cette rétrospective, ses créations resteront ainsi gravées dans l’histoire à jamais !

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Mais qui donc est Azzedine Alaïa ?

Azzedine Alaïa naît à Tunis dans les années 1940 de parents agriculteurs d'origine espagnole. Il passe une jeunesse heureuse et fréquente assidument le cinéma Ciné Soir de Tunis. Il apprend le français, puis ment sur son âge pour débuter à 15 ans des études de sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, dont il sort diplômé. En parallèle, il travaille avec sa sœur, dont il apprend le métier en la regardant faire les retouches et finitions pour une couturière. Il reproduit, pour ses voisines et les femmes des grandes familles de Tunis, des modèles de robes de Dior ou Balmain. Une succession de rencontres féminines lui fait trouver une place en France, chez Christian Dior à coudre des étiquettes mais pour « à peine » 5 jours puis est renvoyé car « étranger » et sans papier (c'est la fin de la guerre d'Algérie et Alaïa arrive à Paris durant une période compliquée pour les personnes venant d'Afrique du Nord).

Une fois de plus, par un hasard de rencontres, il fait la connaissance de Simone Zehrfuss, puis de Louise de Vilmorin qui l'invite chez elle. De là, il rencontre toutes les grandes familles parisiennes et commence à se constituer une clientèle privée.

Pour apprendre professionnellement son métier de tailleur, Azzedine Alaïa part travailler durant deux ans chez Guy Laroche et aide Thierry Mugler, qui lui fera rencontrer Izet Curi. Il réalise sa première collection pour le compte du chausseur Charles Jourdan, une petite collection de prêt-à-porter décorée de pièces métalliques et zip : la plupart des acheteurs n'aiment pas, qualifiant celle-ci de « sadomasochiste», mais cette collection lui permet de se faire remarquer par quelques rares journalistes ; son ami Thierry Mugler le pousse alors à se lancer sous son propre nom. À l'époque, la mode est encore symbolisée par la haute couture de l'ancienne maison Givenchy ou Saint Laurent mais une nouvelle génération de stylistes arrivent et le couturier décide de fonder son entreprise dans un petit appartement transformé en atelier avec des machines à coudre partout y compris dans la salle de bains ou la cuisine ! Azzedine Alaïa va y habiller pendant une vingtaine d'années de nombreuses clientes, le « Tout-Paris », à titre privé et de façon confidentielle : Garbo, Claudette Colbert, les danseuses du Crazy Horse, Mathilde de Rothschild plus tard… L'une de ses premières petites robes noires zippées est réalisée vers 1970, pour l'actrice Arletty dont il s'inspirera pour une collection une vingtaine d'années plus tard. Il réalisera même le prototype de la Robe Mondrian d'Yves Saint Laurent. Ses vêtements, qu'il esquisse rapidement préférant confectionner le modèle sur mannequin vivant, ne sont commercialisés à cette époque nulle autre part que dans son atelier : il n'est possible de les acheter que par relation et connaissance.

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Le début des années 1980 est une époque où il est facile de se lancer dans la mode, même avec une toute petite collection, car le prêt-à-porter suscite l'intérêt. La tendance de ces années voit des vêtements larges, aux épaules démesurées, parfois unisexes, sauf pour Alaïa avec ses lignes moulantes, prêt du corps comme un corset, héritage de ses études de sculpture. Il continue d'être fasciné par le corps, tout le corps, et en particulier la chute des reins et le derrière, qu’il trouve plus intéressants que la poitrine. Il lance sa griffe, Azzedine Alaïa. Déjà, le couturier communique peu, n'affiche pas sa marque et ses interviews sont rares. L'édition française de Elle lui offre son premier reportage, ainsi que la couverture du numéro; l'article sera suivi d'un autre réalisé par l'influent magazine français Dépêche Mode. Son premier défilé de prêt-à-porter printemps-été, basé sur le noir, le blanc et la transparence et sa maitrise du cuir, est mis en avant (il abordera de façon récurrente par la suite, dans une palette très foncée, d'autres couleurs comme le vert émeraude ou le pourpre).

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Les créateurs en vogue que sont Gaultier, Montana, ou Mugler organisent de grands spectacles aux Tuileries, mais Azzedine Alaïa maintient ses défilés intimistes hors de la Semaine de la mode. Bill Cunningham réalise une double-page pour WWD, la « bible » américaine de la mode, et les acheteurs d'outre-atlantique se précipitentt : ses collections sont désormais vendues par les grands magasins américains : Barneys New York devient le premier partenaire qui le suivra durant toutes les décennies suivantes (« il a orchestré la rencontre entre le sexe et la mode et l'a rendu chic » dira du couturier Simon Doonan de Barney).

Les premiers mannequins, qui ne sont pas encore des top-models, investissent l'appartement ; ce lieu deviendra leur « incubateur » : Seymour, Iman, Jerry Hall, Evangelista, Turlington, Campbell, Patitz, Cindy Crawford, Yasmin Parvaneh, Veronica Webb qui deviendra très proche de Lagerfeld également… Les lieux sont tellement petits qu'Azzedine Alaïa est obligé de multiplier les mini-défilés où il invite « qui il veut ». Grace Jones fait le mannequin-cabine. Certains mannequins ne demandent même pas de salaire pour leur travail, préférant garder des vêtements !

Dîner chez Azzedine Alaïa devient le plus chic endroit de Paris ; les artistes et personnalités se côtoient : Grace Jones qui deviendra sa muse, Andrée Putman qui décorera son futur atelier, Tina Turner qui possède une robe en perle et or créée par le couturier, Jean-Paul Goude, et Farida Khelfa, l'autre muse du couturier qu'il décrira comme « la nouvelle Arletty »… Plus tard, ce sera Michel Rocard, Patrick Modiano, Julian Schnabel, ou Jean-Louis Froment…

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Azzedine Alaïa déménage rue du Parc-Royal en 1984. Mugler et Gaultier triomphent, mais c'est lui qui reçoit des mains de Cher deux Oscars de la mode de la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode comme « Oscar du créateur de l'année » et « Prix spécial du jury ».

« Les classiques sexy d'Alaïa sont désormais une institution » écrit la presse. Ce style « sexy » déjà adulé par le secteur de la mode s'affirme petit à petit auprès du grand-public : ses grandes silhouettes fines aux robes droites, parfois zippées, parfois lacées, ses vêtements qui semblent littéralement « collés » au corps comme une seconde peau, les matières stretch serrant les hanches, les tailles soulignées par des coupes en biais inspirées de Vionnet, les courtes jupes à la forme trapèze, les maillots de bain en lycra, son goût pour des matières innovantes, ou pour le cuir qu'il travaille parfois comme la dentelle.

L'historien de la mode Olivier Saillard du musée Galliera dira du créateur que « si un couturier c'est quelqu'un qui refaçonne les corps, alors aujourd'hui il n'y a qu'Azzedine qui sait faire ça. […] Ses robes sont hors du temps, hors la mode. […] Ses vêtements, c'est des caresses pour les filles ».

Mais la reconnaissance publique apparaîtra vraiment lorsque les magazines Elle (qui lui consacrera plus tard jusqu'à 10 pages), Marie Claire ou L'Officiel de la mode lui rédigent des articles réguliers, publient des pages de photos, ou affichent ses réalisations en couverture.

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Sa réputation grandit aux États-Unis : Azzedine Alaïa habille Grace Jones pour « Dangereusement vôtre ». Il dessine les costumes des serveuses du Palladium, et y organise un défilé mis en scène par Jean-Paul Goude avec plus de 50 mannequins. Ce sera l'une des rares présentations organisée en dehors de son atelier parisien où elles ont lieu habituellement de façon privée, à l'écart de tout calendrier officiel.

À New York, il rencontre Basquiat, Clemente, Haring. À Los Angeles, Tina Turner achète une robe signée Alaïa sans le connaitre : elle se déplacera à Paris pour le rencontrer, deviendra son amie, et s'affichera sur la pochette de son album « Private Dancer » dans une petite robe noire du couturier. Paquita Paquin décrit, de façon élogieuse, les réalisations de cette époque comme des créations destinées à des femmes « séduisantes » et « conquérantes ». Mais quelques mois plus tard, le respecté magazine WWD lui accorde sa couverture sous le titre « La gloire et la chute d'Azzedine Alaïa » et, dans un article critique, dit que « la mode s'est éloignée d'Alaïa ». Les critiques, qui font suite à celles de WWD, se font entendre de plus en plus : son habitude de sortir ses collections en dehors de toutes dates précises, le peu d'attention qu'il porte aux détaillants de sa marque, sa mode élitiste qui semble taillée uniquement pour les femmes au corps parfait… Malgré tout, il ouvre deux boutiques, à New York et Beverly Hills ; la boutique de SoHo, ouverte par la femme de Julian Schnabel (mais désormais fermée) devient même un lieu de mode mais aussi d'art.

Pour le Bicentenaire de la Révolution française, lors de son interprétation de La Marseillaise durant le défilé mis en scène par Jean-Paul Goude, la cantatrice Jessye Norman est drapée d'une robe aux couleurs du drapeau national, qu'Azzedine Alaïa a créée.

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Dans les années 1990, bien qu'il conserve sa fidèle clientèle privée, Azzedine Alaïa se fait plus discret, son activité est un peu en retrait. Il décide de faire moins de collections. Depuis le début de sa carrière, il ne livre les vêtements que lorsque ceux-ci sont « prêts », ne cédant jamais aux impératifs des saisons ou des délais.

Il présente une collection utilisant l'imprimé pied-de-poule de Tati et dessine quelques accessoires pour l'enseigne, expliquant que « ce qui m'excitait, c'était d'accoler mon nom, l'univers de la haute couture, avec cette marque qui était alors la moins chère de toutes ».

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À New York, centre de la mode américaine où il connait un succès immense dans les années 1980, il n'est plus commercialisé que par l'enseigne Barneys qui ira jusqu'à supprimer de son magasin la marque française Hervé Léger, souvent comparée à Alaïa avec ses robes zippées ou en bandages, pour satisfaire le couturier.

Mais sa sœur Hafida meurt, le temps semble s'arrêter pour le couturier qui ne renouvèle plus ses créations. La dernière grande présentation des collections Alaïa a lieu (ce sera également le tout dernier défilé de mode pour sa muse Farida Khelfa qui l'accompagne depuis une dizaine d'années ; elle deviendra directrice du studio couture).

Travaillant « à l'instinct », indépendant, il ne veut pas vendre sa maison, soutenu par ses lignes de prêt-à-porter et chaussures qui restent un succès commercial durant toutes ces années où l'on voit Gaultier ou Lacroix sur le devant de la scène.

l'époque est aux regroupements, voulant conserver son indépendance, Azzedine Alaïa signe un partenariat avec le maroquinier italien Prada en 2000, lui permettant de développer des accessoires à forte valeur ajoutée, dont des chaussures, tout en conservant sa liberté de création : il garde la propriété de son nom en tant que marque, son autonomie, en ne se focalisant pas sur l'aspect financier de son activité.

Mais le mariage Alaïa - Prada semble contre nature : le travail artisanal du « petit » couturier face à la marque de luxe à la communication de masse et au marketing développé. En juillet 2007, Azzedine Alaïa rachète à la maison italienne toutes les parts, pour s'allier à la Compagnie Financière Richemont.

Après avoir déjà décliné deux fois les années passées, Azzedine Alaïa est nommé en 2008 chevalier de la Légion d'honneur mais refuse sa médaille : « je n'aime pas les décorations, sauf sur les femmes ». Alors que le créateur est connu et reconnu dans le monde entier, ses robes étant portées par de nombreuses personnalités, Michelle Obama apporte une autre dimension en affichant à de nombreuses reprises des robes Alaïa, tout comme Carla Bruni-Sarkozy, durant des réceptions officielles. Lors d'une interview, le couturier critique publiquement l’inépuisable Karl Lagerfeld et la puissante Anna Wintour ; la presse en fait écho, tout comme le fait qu'il soit un temps pressenti pour succéder à John Galliano chez Christian Dior Couture. Mais Azzedine Alaïa refuse le poste, comme il l'avait déjà fait plusieurs années auparavant suite au départ de Gianfranco Ferré.

Azzedine Alaïa devient « membre correspondant » de la Chambre syndicale de la Haute Couture : le créateur, qui réalise une à deux collections par an présentées uniquement dans son showroom « en tout petit comité » et « quand il veut » organise en 2011 dans ses locaux son premier défilé simultanément à la Semaine de la haute couture parisienne. Ne remplissant pas tous les critères de la haute couture et adepte de la tendance de la « demi couture », il définit celui-ci comme « semi couture ».

La marque Azzedine Alaïa est commercialisée par 300 points de vente dans le monde. Habillé de son éternel costume chinois dont il possède plusieurs centaines d'exemplaires, Alaïa a toujours le vent en poupe…

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Alaïa le « perfectionniste » admire Vionnet et Balenciaga, est proche des journalistes de mode Carine Roitfeld ou Cathy Horyn, mais reste malgré tout éloigné des tendances, des diktats du prêt-à-porter, ainsi que de tout calendrier. En quelques décennies, Azzedine Alaïa, qui dessine très peu parce qu’« une femme ne peut s’habiller d’un dessin », préférant « sculpter » les vêtements sur ses mannequins, est devenu un symbole des années 1980, une « légende » parmi les couturiers et un créateur adulé par les fashionistas du monde entier pour ses robes ultramoulantes… ah si j’étais riche !

 

XoXo

Commentaires

Très intéressant ! Espérons que cette expo sera l'équivalente de celle consacrée à YSL au Grand Palais...

Écrit par : Michele | 22/08/2013

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Elle est passée en Belgique aussi et j ai adoré ! J'ai hâte de m'organiser un we à Paris maintenant...

Écrit par : Françoise | 22/08/2013

l'expo de Bruxelles n'était pas la même que celle de Paris. Celle de Paris, d'après ma fille qui a vu les 2, avait une scénographie bien plus créative . Mais je ne sais plus de qui elle était (la scéno ! :-)) .
Si tu vas à Paris, passe par la Piscine Lutécia (près du bon Marché) pour voir le concept store d'Hermès.

Écrit par : Michele | 22/08/2013

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merci pour le filon ! je note !

Écrit par : Françoise | 23/08/2013

C'est une expo qui a dû être formidable !

Merci de nous l'avoir retranscrite !

Écrit par : femme de ménage à domicile | 01/09/2013

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